Test de Star Fox Zero

Publié le : 13 novembre 201711 mins de lecture

Après un remake de l’épisode 64 sur 3DS, la série Star Fox revient cette année en grandes pompes sur Wii U. Pour l’occasion Nintendo travaille main dans la main avec Platinum Games (Bayonetta, The Wonderful 101). Entièrement centré sur le principe du gameplay asymétrique, Star Fox Zero est un des rares jeux exploitant totalement le GamePad de la Wii U. Prêt à retourner dans le Système Lylat à la poursuite d’Andross ?

GamePad, mon amour ?

Pour ce retour tant attendu sur Wii U, Nintendo se devait de frapper un grand coup après tant d’années sans un épisode original de la saga. Connue pour l’importance accordée au gameplay dans ses jeux, la firme tokyoïte s’est entièrement concentrée sur le GamePad de la Wii U, longuement décrié pour son soi-disant manque d’ergonomie. Ainsi, le gameplay repose sur l‘alternance entre l’écran de la TV, qui offre une vision large de notre Arwing, avec l’écran du GamePad qui lui  propose une vision interne dans le cockpit. On apprécie cette idée car elle assure pratiquement l’indépendance entre la position de votre vaisseau et la trajectoire de vos tirs. Grâce à la fonction gyroscope de votre GamePad, vous ne serez pas obligés d’être parfaitement face à votre cible.

Ce principe est plutôt très efficace, en plus d’être agréable tant le jeu est fluide. On est grisé par la souplesse de notre Arwing, qui enchaîne loopings, virages et tonneaux. S’il est possible de se concentrer sur un seul écran, les amateurs de scoring seront forcés de garder une vigilance constante sur le GamePad : en effet, la vision cockpit est essentielle pour avoir un minimum de précision. Sans cela, il sera difficile d’éliminer rapidement et proprement vos ennemis. Malheureusement, cette obligation énervera bien vite les moins patients. Si l’idée est originale et ambitieuse sur le papier, elle devient extrêmement contraignante dans la pratique. Quelques minutes de combat entraîneront très vite un énorme décalage entre la vision du GamePad et celle de la TV, ce qui obligera très fréquemment à recadrer votre viseur en appuyant sur le bouton Y (ou sur le stick gauche), même avec le système de visée qui permet non pas de diriger vos tirs (auquel cas, le jeu aurait été ridiculement facile), mais uniquement de garder un œil constant sur votre cible.

Ce système aurait pu être intéressant s’il permettait de choisir sa cible manuellement. Au lieu de ça, il choisit la cible la plus proche sans possibilité d’alterner. En fait, l’idéal aurait été de calquer la visée Z de la série The Legend of Zelda. C’est probablement cet aspect assez déroutant qui a rebuté tant de joueurs et de journalistes. Cependant, il est très important de ne pas se décourager et de prendre le temps de faire plusieurs sessions de jeu pour commencer à en maîtriser les commandes, car ce n’est qu’à ce moment que vous commencerez à vous amuser. Pour cela, un mode entraînement est prévu, vous proposant de courtes missions dédiées à chaque véhicule disponible dans le jeu.

En bref, on est étonné de ce gameplay plutôt paradoxal pour Nintendo qui mise habituellement sur une prise en main très simple au départ, puis complexe à affiner. Ici, tout est difficile dès les premières missions.

En avant Star Fox !

Un autre point paradoxal de ce Star Fox est la mise en scène en demi-teinte. Malgré les épiques cinématiques, dont l’ambiance est digne d’un film Star Wars, et une OST épatante, on ne peut que regretter la simplicité extrême du scénario : Andross est de retour… et voilà. Et que dire des personnages stéréotypés au possible, massacrés par des doublages français dramatiques ! Fort heureusement, il est possible de désactiver les voix. Passée une rapide introduction, la nouvelle aventure de Fox McCloud commence directement à Corneria City ! Chaque mission prend place sur une planète différente : on alterne les phases « classiques », qui reprennent le même système que Kid Icarus Uprising sur 3DS, avec les phases de combat libre en arène, où le pilotage est beaucoup plus libre. Vous apprendrez petit à petit à maîtriser l’ensemble des véhicules, dont on apprécie la diversité pour ce genre de jeu.

Tout d’abord, le classique et indémodable Arwing : rapide et léger, c’est ce vaisseau que vous utiliserez  en majorité. Puis le Landmaster, tank connu des habitués de la série, qui reçoit une version volante baptisée Gravmaster. Ce véhicule aurait pu être assez amusant à piloter si sa maniabilité n’était pas aussi hasardeuse. On apprécie tout de même la mission sur Titania qui vous propose une grande traversée du désert suivie d’un combat de boss titanesque, à bord de votre tank. Deux nouveaux véhicules font leur apparition dans cet opus : le Gyrowing et le Walker. Le premier est une sorte de petit drone, adapté aux missions d’infiltration et aux sabotages en tout genre. En effet, le déploiement de Direct-i, petit robot ressemblant fortement à ROB, vous permettra de pirater des systèmes informatiques afin de désactiver boucliers et projecteurs, ainsi que de larguer des bombes sur vos ennemis. Le Walker est une version bipède de votre Arwing, idéal pour se faufiler dans les endroits exigus. On apprécie grandement la possibilité d’alterner constamment entre l’Arwing et le Walker, qui vous permettra de découvrir des chemins secrets ou encore d’utiliser différentes stratégies lors des combats de boss.

Hélas, un énorme déséquilibre demeure dans leur répartition lors des missions : concrètement, 90% des missions utilisent le couple Arwing/Walker, ce qui nous laisse un peu sur notre faim.

Une autre ombre surgit sur le tableau : la performance technique très basse. On comprend aisément que Nintendo ait sacrifié la performance visuelle au profit du gameplay : beaucoup de ressources sont demandées à la console pour afficher deux angles de vues différents sur l’écran TV et celui du GamePad. Mais il est si frustrant de se retrouver avec si peu, quand on pense à ce qu’aurait pu donner Star Fox Zero visuellement parlant ! Une fois de plus, le but d’un jeu de tir n’est pas d’exploser la rétine du joueur, mais cela va dans un sens comme dans l’autre ! En contrepartie, la fluidité du jeu reste optimale, sans ralentissements majeurs même lors des (nombreuses) phases d’explosion. On suit la progression de notre Arwing avec un plaisir de voler non négligeable.

Encore une fois, passer du temps à maîtriser le gameplay est vivement recommandé : une fois les commandes maîtrisées, des heures de jeu très agréables vous attendent pour dénicher toutes les médailles, les chemins secrets et atteindre les meilleurs scores possibles. Beaucoup ont décrié Star Fox Zero pour sa durée de vie très courte en ligne droite. Sauf que faire un jeu de tir d’une telle manière est d’une idiotie sans nom puisque la raison d’être de ces jeux est en grosse partie liée à la rejouabilité qu’ils proposent. Terminer le jeu à 100% est un véritable défi dû à la complexité de certaines batailles notamment contre les membres de Star Wolf. On regrette cependant l’absence de mode online, malgré celle d’un mode multijoueur local. Il est plutôt plaisant de constater que plusieurs stratégies peuvent être utilisées pour vaincre certains boss : par exemple, celui du premier chapitre peut être détruit soit uniquement avec l’Arwing, soit en utilisant le Walker pour atteindre le réacteur du vaisseau ennemi entraînant sa destruction totale.

Star Fox Zero méritait-il des critiques aussi virulentes ? Non certainement pas. Les nombreuses remarques envers son gameplay asymétrique sont en partie nées d’un manque de patience évident des joueurs qui ont renoncé trop vite à maîtriser le jeu. Par contre, ce serait de l’aveuglement que de dire que Nintendo a fait tout ce qu’il fallait pour vendre son jeu. Ce jeu est un paradoxe à lui tout seul tant ses (nombreuses) qualités peuvent rapidement devenir des défauts. Le gameplay a été au centre du développement : au final, la maniabilité tout de même très rebutante au départ, a fait fuir les joueurs, probablement déroutés par cette façon de jouer inhabituelle pour la firme japonaise. On reste donc dubitatif quand on voit que la difficulté du jeu est due à de bonnes raisons (vitesse et surnombre des ennemis) comme à des mauvaises (le gameplay !). Les graphismes, trop faibles pour notre époque, parasités par le GamePad représentent également un facteur non négligeable. S’il est plutôt hâtif de juger un jeu (de tir de surcroît) sur son aspect visuel, il n’empêche qu’un petit effort supplémentaire aurait été apprécié, rien que pour le confort visuel du joueur, en partie assuré par la fluidité quasi totale du jeu. On se retrouve avec des textures et des modèles 3D inexcusables et indignes des performances de la Wii U, surtout quand on sait que Platinum Games est aux commandes ! Reste la mise en scène qui aurait pu être formidable si le jeu n’avait pas souffert de cette faiblesse technique ainsi que des doublages frôlant l’indécence. Néanmoins, ceux qui auront réfléchi deux minutes avant de jeter Star Fox Zero par la fenêtre pourront profiter de sessions très sympathiques, surtout si les 100% sont recherchés.
Graphismes4.5
Son8.5
Durée de vie7
Jouabilité8.5
Scénario5
Points positifs
  • Gameplay original et efficace…
  • Bande-son épique
  • Difficulté bien dosée
Points négatifs
  • … mais complexe à maîtriser
  • Mise en scène gâchée par des doublages scandaleux
  • Manque d’équilibre dans la répartition des véhicules

6.5Satisfaisant

Note des lecteurs: (2 Votes)

8.5

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